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LES MARIAGES PRECOCES : UN FACTEUR DE DESCOLARISATION

LES MARIAGES PRECOCES : UN FACTEUR DE DESCOLARISATION

By Xaleyi in Actualités, Non classé on 2 mai 2020

LES MARIAGES PRECOCES AU SENEGAL : UN ETAT DES LIEUX

Le mariage précoce ou mariage d’enfant est un mariage incluant un enfant ou un adolescent fille ou garçon âgé de moins de 18 ans.

Ainsi, chaque jour, dans le monde entier 41 000 filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Au total, 15 millions de filles par an subissent des mariages précoces.

Il y a une variation de l’âge où se marient les femmes selon leur origine géographique. Aussi, les femmes vivant en milieu urbain se marient plus tardivement que les femmes originaires des régions rurales. Les femmes vivant en milieu urbain se marient en moyenne à 21,5 ans tandis qu’en milieu rural elles se marient en moyenne à 17,7 ans.

En effet, l’origine géographique est réellement déterminante puisqu’il y a même des différences régionales de l’âge médian à la première union à Dakar il est de 22,4 ans, à Ziguinchor il est de 22 ans, à Kédougou de 16,4 ans, à Kolda de 16,5 ans et à Matam de 16,7 ans.

Plus globalement, d’après le rapport de l’Unicef State of the World’s Children[1] :

  • 32% des femmes sont mariées avant l’âge de 18 ans.
  • 9% sont mariées avant l’âge de 15 ans au Sénégal.

LEGISLATION EN VIGUEUR AU SENEGAL

Le Sénégal a ratifié une série de traités internationaux et régionaux africains qui établissent que l’âge minimum légal pour le mariage est de 18 ans pour les garçons comme pour les filles. Parmi ces traités figurent :

  • La Charte Africaine des Droits et du bien-être de l’Enfant (CABDE).
  • La Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des femmes (CEDEF), ratifiée en 1995.
  • Le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, relatif aux droits des femmes, dit Protocole de Maputo, ratifié en 2004.

L’article 6 du protocole de Maputo prévoit que « les Etats veillent à ce que l’homme et la femme jouissent de droits égaux et soient considérés comme des partenaires égaux dans le mariage. »

Cependant, au Sénégal, le code de la famille indique que les jeunes filles peuvent se marier dès l’âge de 16 ans, et ce même si les conventions ratifiées indiquent que l’âge minimum légal pour se marier est de 18 ans :

« L’âge légal du mariage qui est au Sénégal de 16 ans pour les filles doit être relevé. C’est l’avis de l’Association des juristes sénégalaises (AJS) qui pense qu’à l’image des hommes à qui la loi permet de prendre une épouse dès leur 18e année, les femmes aussi devraient bénéficier d’une mesure pareille. » 

CONSEQUENCES DES MARIAGES PRECOCES SUR L’EDUCATION

Les conséquences des mariages précoces sont multiples :

Les mariages précoces ont des incidences très négatives sur la scolarisation des filles en causant échecs et abandons scolaires. Les filles mariées abandonnent souvent l’école ou ne poursuivent pas leur scolarité à cause des grossesses qui surviennent. Pourtant chaque année supplémentaire de scolarisation peut accroitre la capacité financière de la fille de 10 à 20%.

De plus, au Sénégal, 27% des filles sans éducation ont déjà mis au monde un enfant avant l’âge de 18 lorsque seulement 7.4% d’adolescents avec une éducation secondaire ont contracté des grossesses.[2] Les mariages précoces ont donc des conséquences sur le présent et le futur de ces jeunes filles. Ce phénomène entraîne pour les jeunes filles mariées des revenus moindres à l’âge adulte puisque leur faible niveau d’études les empêche d’obtenir un bon emploi. Et donc, les mariages précoces en limitant le niveau d’éducation des jeunes mariées, réduit également les perspectives d’éducation pour leurs enfants.

Selon des sources issues du ministère de la femme, de la famille et l’enfance du Sénégal, les femmes qui sont mariées jeunes sont plus exposées aux violences, aux abus et aux rapports sexuels forcés. Les jeunes filles mariées sont également plus vulnérables aux infections sexuellement transmissibles. Les filles enceintes lorsqu’elles sont jeunes peuvent subir des complications telles que des hémorragies ou encore des fausses couches. 

ACTEURS ET PREVENTION FACE AUX MARIAGES PRECOCES

Au Sénégal, plusieurs groupes de soutien issus de la société civile travaillent sur la question des mariages précoces comme le Groupe de Recherche sur les Femmes et les Lois au Sénégal (GREFELS), une organisation féministe engagée dans la promotion des droits des femmes. Cette association mène des campagnes pour l’accès a la santé sexuelle et reproductive, la lutte contre le mariage forcé, les violences domestiques et le trafic d’être humain.

Par ailleurs, l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS) a pour but d’instaurer un cadre de réflexion sur la situation des droits des femmes et des enfants au Sénégal. L’association organise notamment des activités de plaidoyer. L’AJS a notamment produit et diffusé, en partenariat avec la Direction de la famille, un dépliant sur la campagne pour l’abandon des mariages d’enfants et des pratiques néfastes.

Enfin, au Sénégal, les membres du club des pairs éducateurs de Mabo[3] agissent contrent les mariages précoces. Ce club a été créé dans le cadre d’un programme de l’association de solidarité internationale World Vision. Celui-ci rassemble cette année vingt jeunes âgés de 12 à 18 ans. Les membres du club de Mabo reçoivent un entraînement intensif à l’art de parler en public pour devenir les ambassadeurs de leurs droits. Régulièrement, ils partent en caravane dans les villages des alentours et font passer leurs messages sous forme de chansons ou de pièces de théâtre. « Beaucoup de parents ne savent même pas que les enfants ont des droits », explique Boniface Diouf, élève en première chargé de la communication du club.


[1] Rapport datant de 2016.

[2] Données du rapport « Ensemble, pour un Sénégal sans mariage d’enfant » de l’ONG World Vision. 

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